La durabilité de la tourbe horticole fait régulièrement l’objet de discussions dans les secteurs de l’horticulture, de l’environnement et de l’agriculture. Un récent article scientifique intitulé The Limits of Sustainability of Peat as a Soilless Media for Agriculture, rédigé par James Altland (USDA Agricultural Research Service) et Bruce Bugbee (Utah State University), propose un regard fondé sur les données scientifiques les plus récentes concernant l’utilisation de la tourbe comme substrat de culture hors-sol.

L’article examine plusieurs hypothèses fréquemment avancées au sujet de l’extraction de la tourbe horticole et compare celles-ci aux connaissances scientifiques actuelles.


Deux continents, deux réalités

Les auteurs soulignent l’importance de distinguer la situation nord-américaine de celle observée en Europe. Alors que près de 50 % des tourbières européennes sont dégradées, la grande majorité des tourbières d’Amérique du Nord demeure intacte.

Au Canada, l’extraction de tourbe horticole a impacté seulement 0.03% des superficies des tourbières canadienne, et représente moins de 2 % des superficies de tourbières drainées ou dégradées. Les 98 % restants seraient attribuables à d’autres usages du territoire, notamment l’agriculture, l’exploitation minière, les infrastructures et la foresterie.


Une ressource issue d’écosystèmes toujours en croissance

L’étude rapporte également que les tourbières canadiennes continuent d’accumuler du carbone et de la matière organique à des taux largement supérieurs aux volumes récoltés annuellement pour l’horticulture. Selon les données présentées, les taux d’accumulation seraient de 25 à 457 fois supérieurs aux volumes extraits chaque année, permettant aux tourbières canadiennes de conserver globalement leur rôle de puits de carbone. Les estimés varient grandement selon les méthodes de calcul utilisées.


Repenser certaines hypothèses sur le carbone

L’un des éléments centraux abordés par les auteurs concerne les hypothèses utilisées dans certaines analyses du cycle de vie (ACV) de la tourbe.

Plusieurs études antérieures supposaient que le carbone contenu dans la tourbe s’oxydait rapidement en dioxyde de carbone (CO₂) après son extraction. Or, des recherches plus récentes suggèrent que ce processus est beaucoup plus lent. Selon les auteurs, il faudrait au moins 30 ans pour qu’une tourbe utilisée comme substrat s’oxyde complètement, ce qui pourrait modifier de façon significative l’évaluation de son impact climatique à court terme.


Comment se comparent les alternatives?

Face aux préoccupations entourant la tourbe, plusieurs producteurs horticoles se tournent vers des substrats alternatifs. L’étude rappelle toutefois qu’il est important d’évaluer l’ensemble du cycle de vie de ces matériaux.

Par exemple, certaines analyses démontrent que des alternatives comme la fibre de coco peuvent entraîner des impacts environnementaux importants en raison de la transformation industrielle requise, de l’ajustement chimique des substrats, de la consommation d’eau douce requise pour le traitement de la matière et du transport sur de longues distances.


La restauration au cœur de l’approche canadienne

L’article met également en lumière le rôle des pratiques de restauration mises en œuvre dans les sites de récolte canadiens. Des techniques comme la Méthode de transfert de la couche muscinale permettent de rétablir progressivement les fonctions écologiques des tourbières exploitées.

Les sites restaurés peuvent retrouver leur capacité d’accumuler du carbone et de former de la tourbe en 14 à 20 ans, tout en favorisant le retour de la biodiversité caractéristique des tourbières naturelles.


L’importance de discussions fondées sur la science

Les enjeux liés à la durabilité des substrats horticoles sont complexes et continuent d’évoluer à mesure que de nouvelles connaissances scientifiques deviennent disponibles. Cette publication rappelle l’importance d’appuyer les discussions sur des données rigoureuses et de considérer l’ensemble du cycle de vie des produits ainsi que le contexte régional dans lequel ils sont utilisés.


Les personnes souhaitant approfondir le sujet peuvent consulter l’article scientifique original :
Altland, J. et Bugbee, B. – The Limits of Sustainability of Peat as a Soilless Media for Agriculture

Privacy Preference Center